Séminaire "Jack London, ‟prince déguisé” de l’East End : simple observateur ou acteur de la solidarité ?" avec Véronique Béghain (Professeure en études anglophones à l'université Bordeaux Montaigne)
Louis Azan et Vincent Zanello vous invitent à la prochaine séance du séminaire Fictions et Économie (Paris 1, PHARE), qui accueillie
Véronique Béghain (Professeure en études anglophones à l'université Bordeaux Montaigne), qui présente un texte intitulé
"Jack London, ‟prince déguisé” de l’East End : simple observateur ou acteur de la solidarité ?"
Discutante : Juliette Blayac (Doctorante en histoire de la pensée économique à l'Université Lumière Lyon 2).
Le séminaire a lieu le mardi 28/04 de 17h à 19h en distanciel.
lien Zoom : https://sciencespo.zoom.us/j/6796775635?omn=97885998484.
Résumé du texte présenté :
"En précurseur de la sociologie moderne, l’écrivain Jack London mène, en 1902, une enquête nourrie sur les conditions de vie des pauvres de l’East End londonien en adoptant la méthode de l’observation participante, méthode qui allait notamment faire la renommée de l’École de Chicago quelques décennies plus tard. La posture du « prince déguisé » (qui remonte au calife des Mille et Une Nuits et qu’a rendue célèbre en Europe, dès le XVIIIème siècle, l’adaptation française de ces contes par Antoine Galland) lui permet, dans le sillage de réformistes, journalistes et philanthropes d’adopter une perspective qu’on peut dire « horizontale », qui favorise une approche dénaturalisante et désessentialisante de la pauvreté et de l’exclusion dans une société qui se représentait largement, au contraire, l’écart entre les classes sociales comme un gouffre infranchissable. Tandis que l’adoption de cette identité d’emprunt et l’expérience immersive qui en résulte le dotent d’un poste d’observation privilégié des inégalités et de l’injustice économiques caractérisant l’Angleterre pourtant prospère de l’aube du XXème siècle, elles lui permettent de dresser un portrait sévère tant des politiques publiques d’assistance sociale (à travers le portrait des asiles de pauvres, notamment) que des activités philanthropiques de ses contemporains.
Je m’efforcerai tout d’abord de situer rapidement dans le parcours de London ce texte singulier et atypique au regard du reste de sa production. Au-delà des portraits individuels et collectifs dont il émaille son récit, je prêterai attention à l’ambition de scientificité, d’inspiration positiviste, qui le conduit à nourrir son enquête de données chiffrées. Je me demanderai, enfin, à quel point la méthode adoptée par London peut s’inscrire dans une démarche solidaire et non simplement ethnographique ou sociologique, tout en m’efforçant d’identifier les atouts dont peut se prévaloir, pour concurrencer le discours scientifique de l’époque, l’ouvrage de celui qui reste, pour l’essentiel, un écrivain de fiction. À cet égard, je m’intéresserai au rôle joué par les émotions (l’empathie, au premier chef) dans la relation que tisse l’écrivain avec les individus qu’il croise comme avec son lectorat."