Axes de recherche

  • Crises et institutions

    Présentation du projet

    Le projet de recherche « Crises et institutions : de l’économie politique à la macroéconomie » représente un renouvellement du programme scientifique et témoigne de la manière dont nos projets sont amenés à évoluer afin de permettre à chacun, quel que soit son statut, d’inscrire pleinement ses recherches dans un collectif. Il s’articule autour de deux thèmes :

    [A] Le premier consiste à analyser la macro-économie par rapport à l’économie politique afin notamment de cerner et de dater l’émergence de la première. Cela implique de remonter au moins au 18ème siècle, période que l’on considère généralement comme celle de l’émergence de l’économie politique et dans laquelle les thèmes classiques de la monnaie, de la valeur et de la répartition sont imbriquées dans des considérations qui relèvent de la philosophie de l’histoire, de la philosophie politique et morale comme en témoigne l’analyse de David Hume, d’Adam Smith et de Dugald Stewart.

    Au début du 20e siècle, alors que les marginalistes ont déjà enterré l’économie politique (Political Economy) en donnant naissance à l’économie (economics), on peut se demander si la macro-économie ne naît pas avec des auteurs tels que Knut Wicksell en Suède, ou quelques années plus tard, avec Ragnar Frisch en Norvège, qui ambitionnent de revisiter les questions fondamentales de l’économie politique.

    Cette volonté de renouveler l’économie politique pousserait ces auteurs à développer de nouveaux outils pour penser l’analyse économique (par exemple la dynamique et l’introduction du temps, la fin de la dichotomie entre sphère réelle et sphère monétaire) qui les conduiraient à adopter et à délimiter une nouvelle perspective, la macro-économie. Ce sous-axe cherche à comprendre dans quelle mesure cette ambition scandinave de penser une nouvelle économie politique sera, dès les années 1930, au fondement de la distinction entre micro-économie et macro-économie qui structure la science économique contemporaine.

    Cette ambition invite à se pencher en premier lieu sur la manière dont différents courants macro-économiques se sont appropriés certaines questions de l'économie politique, notamment celles portant sur la coordination et la répartition, mais également celles relatives à l'équilibre et au déséquilibre. Ces dernières imposent d’examiner la manière dont les différents courants théoriques de la macro-économie ont redéfini la nature et la place de la monnaie et de la finance dans l’échange, et plus largement dans le circuit économique.

    En second lieu, il est essentiel de comprendre et d’analyser la dimension normative, portée par l’ambition de Keynes, Frisch, et Tinbergen, consistant à proposer de nouvelles analyses et méthodes : dans quelle mesure la genèse et le développement des crises et des cycles sont motivés par une volonté politique et/ou sociale, ou si l’analyse renouvelée des crises pousse les macro-économistes à franchir le pas et à s’orienter vers la définition et la mise en oeuvre des politiques économiques ?

    Michel De Vroey a mis l'accent sur l'opposition entre une tradition walrassienne et une tradition marshallienne en macro-économie. Mais ce clivage peut-il épuiser la question ? Historiquement, les macro-économistes ont accordé beaucoup d'importance à la théorie walrassienne comme cadre de référence des années 1940 jusqu’aux années 1970. Cette référence était alors critiquée à l'intérieur comme à l'extérieur du mainstream. Mais quel était son poids ? Quel a été son effet sur le développement de la macro-économie ?

    Il est ainsi important de saisir comment et à quel point, depuis les années 1930, les différentes branches de l'analyse macro-économique se sont progressivement éloignées des questions pourtant souvent considérées comme le point de départ des théories macro-économiques, en particulier les questions relatives aux cycles, aux crises, aux déséquilibres, et au rationnement (notamment celui du crédit). Notre hypothèse est que la question des cycles a été structurante lors de l’essor de la macro-économie dans l’entre-deux-guerres, puis au cours de son développement après la seconde guerre mondiale, permettant aux économistes, à l’instar de Joan Robinson, de donner une nouvelle définition du capital liée au temps. Dans le prolongement de cette recherche, les formes et la nature de l'autonomisation de la macro-économie sont mises en relation avec les tentatives dès les années 1930 de donner des fondements micro-économiques à la macro-économie, grâce à des questionnements théoriques propres.

    [B] Suite à la crise de 2008, l’incapacité des modèles macro-économiques les plus en vogue à rendre compte de la crise financière, notamment parce qu’ils n'accordaient pas de place aux intermédiaires financiers, est apparue clairement. Ce constat conduit à s'interroger sur la place accordée aux banques par la macro-économie, et ce, depuis ses origines. Un trait marquant de la révolution keynésienne est en effet l'émergence d'un modèle sans banque (le modèle IS-LM), alors même que dans les années 1920 et 1930, les théories du cycle accordaient une importance significative aux banques et aux fluctuations du crédit. Comment les macro-économistes, s’appuyant sur ce modèle sans banques, se sont-ils adaptés lorsqu'ils sont devenus les conseillers des grandes banques centrales?

    Comprendre l’ancrage de la macro-économie dans l’analyse des cycles et du déséquilibre permet d’examiner les moments et les conditions du passage d’une macro-économie comme développement de l'économie politique à une macro-économie comme justification et fondement de la politique économique. Cette recherche repose sur la compréhension des fondements théoriques, mais également politiques et normatifs, justifiant le passage de l'analyse des phénomènes structurants de la sphère économique à l'intervention des autorités dans celle-ci. Il s'agit par conséquent d'interroger les normes de scientificité et les normes d'action signifiées par les différents acteurs de l'histoire de la macro-économie, qu'ils soient issus du secteur académique ou du secteur administratif (organisations internationales et nationales).

    Cette tension entre des ambitions analytiques et des ambitions politiques a donné lieu à de nombreux débats entre macro-économistes et macro-économètres autour de la relation au réel d’une part, et de la nature et la fonction des modèles (mathématiques, statistiques, économétriques ou littéraires) d’autre part. Analyser cette tension entre les dimensions objectives et normatives de la macro-économie revient à examiner les développements empiriques de la macroéconomie réalisés par les institutions académiques et administratives, soit dans un cadre coopératif lors de missions d’expertise ou de mise en œuvre des politiques économiques, soit en complète autonomie. Afin de comprendre la capacité (et/ou l’incapacité) à produire de l'objectivité et à garantir la neutralité de l'analyse et des recommandations économiques, il convient d’étudier l'histoire des institutions (Universités, organisme du Plan ou Ministère de l’Economie, Fonds monétaire international, Banque mondiale, OCDE, CEPAL, etc.) au sein desquelles la discipline se développe.

    Ces deux sous-axes, la macroéconomie comme économie politique d’une part et la macroéonomie comme politique économique d’autre part, soulèvent la question du « rapport à l'empirie », lors de la formulation d’analyses et de recommandations économiques. Ainsi, dans le cas de Modigliani, le projet « Crises et institutions » tente de comprendre comment le développement du modèle FRB-MIT le force à penser les intermédiaires financiers. Pour Solow, la question du rapport au fait ou du « réalisme », notion par ailleurs bien difficile à cerner, est au cœur de l'opposition entre la bonne et la mauvaise macro-économie. Cette question brouille également fortement le clivage introduit par De Vroey car la macro-économie impose toujours une démarche empirique alors que la tradition walrassienne (au moins telle qu’il la présente) ne s'intéresse pas tellement à la confrontation de la théorie aux faits.

    Modalités de mise en œuvre

    Le séminaire « H2M » sera poursuivi afin de permettre aux membres de ce projet de recherche redéfini de discuter collectivement de leurs recherches et de confronter celles-ci au regard de collègues extérieurs à PHARE.

    Un projet de collaboration avec le Brésil (Projet CAPES-COFECUB) a été déposé, qui implique plusieurs chercheurs de PHARE (M. Assous et A. Dupont-Kieffer) : son objet est de contribuer au renouvellement de l’histoire de la science économique dans la période qui s’étend de la seconde guerre mondiale aux années 1980. L’image de la science économique diffusée dans les manuels et par les praticiens de la science économique eux-mêmes a été remise en cause dans une série de contributions récentes en histoire de la pensée économique. Celles-ci ont montré que, sous l’effet de la seconde guerre mondiale puis de la guerre froide, des pratiques nouvelles de la science économique ont émergées aux Etats-Unis et se sont progressivement répandues au niveau mondial (recours aux modèles, exploitation de données notamment). Comprendre ces changements impose de recourir à des problématiques et des concepts empruntés à l’histoire des sciences mais aussi d’accéder à des fonds d’archives de plus en plus riches et à utiliser des outils bibliométriques. Les chercheurs qui sont réunis dans le cadre de ce projet ont participé à cette dynamique et comptent aller plus loin en développant un réseau actif au niveau international et en formant de jeunes chercheurs capables de prolonger le travail déjà effectué.

    Enfin, un autre projet est en cours, intitulé « Macroeconomics History Project », centré sur l’après seconde guerre mondiale et piloté par Marcel Boumans. Ce projet qui implique A. Dupont-Kieffer, a donné lieu à un premier workshop en avril 2017, un autre étant programmé en 2018.

  • Décisions, bien-être, confiance, engagement

    Le projet "Décision, Bien-être, Confiance, Engagement" associe les compétences d’économistes et de philosophes de PHARE sur des thématiques communes aux deux disciplines allant de la décision, de ses déterminants et de l’évaluation des positions qui en résultent, vers les modalités de sa mise en œuvre à travers la question de l’engagement.

    Décision et bien-être individuels : quelle histoire ?

    L’élaboration d’une histoire des théories de la décision et du bien-être individuels, déjà amorcée lors du précédent contrat, se poursuit en mettant en évidence l’existence de ruptures au sein d’une trajectoire que la littérature présente couramment comme linéaire, allant vers un progrès supposé sans contrepartie qu’aurait introduit le marginalisme. Il s’agit au contraire de montrer que les représentations qui s’imposent de la naissance du marginalisme au milieu du vingtième siècle constituent une parenthèse, évidemment féconde, qui a interrompu un foisonnement analytique à l’œuvre chez plusieurs auteurs prémarginalistes, foisonnement qui se poursuit aujourd’hui dans l’ignorance de ses racines historiques. C’est cette continuité historique et les potentialités théoriques des constructions anciennes que l’on se propose ici de restituer.

    Engagement et confiance

    Confiance et engagement ont en commun d’avoir sollicité une attention pluri-disciplinaire. La présence au sein de l’unité de philosophes et d’économistes permet de confronter les points de vue sur ces notions dans une perspective historique, conduisant en particulier à s’intéresser aux philosophes et économistes du XVIIe et XVIIIe siècles.

    Les six opérations du projet

    Le projet Décision, Bien-être, Confiance, Engagement combine les opérations suivantes :

    [A] Mécanismes décisionnels : ceci recouvre des questions que l’on peut repérer avec l’émergence de l’utilitarisme classique avec l’œuvre de Bentham, mais également chez des auteurs antérieurs, particulièrement au sein des Lumières écossaises, tels que Hume ou Smith : le rôle des sensations de plaisir et de peine ; l'existence d'une sensibilité asymétrique ; la dépendance à la référence ; la prise en compte des probabilités dans les décisions dans le risque, etc.).

    [B] Evaluations en termes de bien-être : là encore, la tradition utilitariste a conduit à assimiler évaluation décisionnelle (une fonction d’utilité, par exemple) et évaluation positionnelle (le bien-être individuel). Cependant, les auteurs habituellement considérés comme pré ou non utilitaristes incitent à envisager la possibilité d’une divergence entre l’une et l’autre (c’est le cas, typiquement, chez David Hume) sans que cette divergence entraîne par principe une approche non welfariste.

    [C] Détermination morale des décisions : ceci conduit à envisager tant les différentes variantes de l'utilitarisme que des mécanismes qui lui semblent étrangers, comme celui de la sympathie ou, chez Smith par exemple, dans le processus qui conduit d'un spectateur réel à un spectateur imaginaire, le spectateur impartial, qui se révèle susceptible d'orienter des décisions individuelles.

    [D] Thomas Reid : Il s’agit d’introduire Thomas Reid dans les classiques de l’épistémologie des sciences sociales aux côtés de Hume et de Smith, en explorant les symétries et dissymétries entre le problème de la confiance dans le champ de l’action et des interactions et son interrogation sur la confiance dans les pouvoirs de l’esprit (l’appui de toutes les activités cognitives, y compris les opérations sociales de l’esprit, sur des croyances de base ; la discussion entre scepticisme et philosophie du sens commun).

    [E] Confiance et contrat : Autour de la notion de confiance pratique, on entend faire se rejoindre l’histoire du contractualisme que pratiquent les historiens de la philosophie morale et politique et celle des historiens de la pensée économique, en montrant comment la variété des positions occupées notamment par Hobbes, Locke, et Hume exprime non seulement des divergences profondes au sein de la pensée contractualiste, mais aussi des solutions différentes à un même problème de la confiance interpersonnelle ou à l’égard des institutions.

    [F] Faiblesse et engagement : Dans le champ de la philosophie morale et de la philosophie économique contemporaines, l’objectif de cette opération est de développer une éthique pour agents faibles, entendus comme des agents qui sont appelés à la défiance à l’égard d’eux-mêmes autant qu’à celui des autres, parce qu’ils ont des difficultés majeures de nature constitutionnelle à faire face aux exigences exprimées dans la plupart des traditions de la pensée morale. Une de ces exigences est celle d’un contrôle de soi complet et synchronique, connu sous le nom de « libre-arbitre » ou d’autonomie. Une autre exigence est celle de la cohérence avec soi-même à travers le temps. Afin d’éclairer ce que Montaigne appelle l’inconstance des actions, cette recherche emprunte des questions et des modèles à l’économie (choix intertemporel ; contrôle par anticipation, dans le sillage de Thomas Schelling et Jon Elster), à la psychologie (biais temporels – voir notamment George Ainslie), aux théories des émotions (notamment à leur mobilisation en économie, avec Robert H. Frank), mais aussi à la littérature (Jonathan Swift, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau, Robert Louis Stevenson, Fernando Pessoa). Une éthique pour agent faible n’est une éthique que pour autant qu’elle est articulée à une connaissance morale. Indépendamment de cette connaissance, elle n’a rien de spécifiquement éthique et consiste en l’exercice d’une rationalité prudentielle, indistincte de celle qui est l’objet de l’économie ou des sciences administratives et de gestion (s’agissant des solutions pratiques et en particulier des techniques d’engagement, cette éthique s’inspire des vues de Herbert Simon sur la temporalité des choix organisationnels). On peut définir les agents faibles comme des agents dont les jugements moraux ou prudentiels ne peuvent efficacement influencer leurs choix que par la modification des contextes de ces choix.

  • Économie, littérature et fictions

    Le premier axe, « Théories économiques et discours littéraires », concerne les objets communs présents dans les théories économiques et les textes littéraires. Les thèmes étudiés dans cet axe ont évolué au cours du quinquennal et sont amenés à évoluer à nouveau, dans trois directions :

    1.A. La première direction porte sur le  thème des valeurs : quelle place occupent les valeurs économiques, esthétiques, morales ou sociales dans les pensées économiques et dans les textes littéraires ? Comment sont-elles mises en question et négociées ? Comment entrent-elles en conflit ou s’articulent-elles les unes aux autres ? Cette direction rejoint certaines questions de philosophie morale étudiées dans d’autres axes. Au début de ce programme, une question précise doit être spécifiée dans le prolongement du travail entrepris sur les valeurs, revivifiée par des travaux récents en économie. Il s’agit de mobiliser les auteurs anciens qui l’ont posée, les approches récentes et les récits littéraires qui la mettent en scène. Trois propositions, non exclusives les unes des autres, ont commencé à être discutées avec nos partenaires nationaux et internationaux, en particulier lors du colloque de Mannheim (juin 2017) :

    i) Questionner les valeurs sous l’angle de l’économie de l’identité (Akerlof et Kranton 2000, Davis 2011) :

    Au-delà de l’hypothèse selon laquelle la littérature offrirait des illustrations de l’importance de l’identité dans les choix et les trajectoires des individus, on s’attache ici à étudier les monologues intérieurs des récits littéraires, en ce qu’ils sont l’occasion de faire apparaitre l’évaluation changeante que font les personnages de leur identité personnelle.

    ii) Le genre :

    Les auteurs féminins ou les textes mettant en scène des personnages féminins, apportent-ils un éclairage nouveau sur la définition de l’identité et des valeurs qui la constituent ? C’est l’hypothèse de Bourdieu (1998) dans sa lecture de La Promenade au phare de Virginia Woolf. Sa pertinence en économie peut être débattue à partir des travaux actuels des membres de PHARE (L. Bréban, C. Pignol, H. Pignot, N. Sigot) portant sur l’économie du genre et/ou les auteurs féminins des textes de la littérature narrative.

    iii) L’envie :

    L’identité s’établit dans la comparaison et soulève par-là la question de l’envie. La notion d’envie, à l’intersection de la pensée économique et de la philosophie morale, peut-elle s’appréhender différemment à travers les œuvres littéraires  (par exemple, Balzac, Stendhal, ou plus récemment Alexievich) ?

    1.B. La deuxième direction concerne l’épistémologie de la pensée économique et conduit à se demander : quelles sont les fictions théoriques mobilisées par la pensée économique et sur quelle épistémologie s’appuient-elles ? Il s’agit donc de questionner le type de fictionnalisation à l’œuvre dans les fictions mobilisées dans la pensée économique (abstraction inductive, expériences de pensée rationalistes, organisation de la pensée, empirisme de la genèse etc.), en collaboration notamment avec les philosophes.

    1. C. La troisième direction consiste à étendre le champ de la réflexion à d’autres expressions ou représentations de l’économie, motivant par exemple, l’adhésion de PHARE au projet consacré à l’économie dans les musées. Ce projet, qui a obtenu un financement au titre de la politique scientifique de Paris 1, prévoit de réunir une équipe de chercheurs internationale et pluridisciplinaire, associant des spécialistes de l’économie, des images et des expositions, mais aussi des praticiens des musées. Son objectif est d’écrire collectivement la première histoire mondiale de l’économie exposée, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui, afin de comprendre comment l’économie s’est dotée d’une dimension visuelle. PHARE s’est associé à ce projet, car l’un de ses enjeux est de comprendre la représentation de l’économie véhiculée par ces musées, en resituant chaque création de musée ou d’exposition d’économie dans son contexte, économique, social et intellectuel.

    Le second axe du projet portait sur les problèmes méthodologiques partagés par les deux disciplines, relatifs à la traduction, la diffusion et la réception des textes, qu’ils soient économiques ou littéraires. Ainsi qu’indiqué plus haut, les recherches effectuées à cette occasion commencent à être publiées, mais ce sous-thème n’est plus actif en tant que tel : l’idée de le prolonger au travers d’un second projet européen, qui élargirait la période considérée et introduirait une perspective comparative, a pour l’instant été provisoirement repoussée.  

    Présentation du projet de recherche en cours

    La représentation des faits et des idées économiques dans la littérature suscite l’intérêt des chercheurs en philosophie et en littérature : plusieurs spécialistes de ces domaines participent d’ores et déjà aux projets que nous organisons (séminaires, colloques, publications). Le projet se développera de manière à insérer davantage d’économistes. Pour cela, nous choisirons, en accord avec nos partenaires nationaux et internationaux, un thème situé à l’intersection de la théorie économique et de la philosophie morale, dans le prolongement de nos travaux sur les valeurs. Trois thèmes sont à l’étude, qui peuvent s’articuler : l’identité / le genre / l’envie (voir ci-dessus).

    Mais la notion de fiction déborde le champ de la littérature narrative et l’évolution du projet depuis 2015 nous a amenés à questionner les fictions épistémologiques mobilisées par la pensée économique. Depuis l’origine de la discipline jusqu’à ses développements récents, les économistes – comme les philosophes de la politique et de la morale – construisent des mondes imaginaires à partir desquels ils analysent le monde réel. Quels sont les statuts épistémologiques de ces fictions théoriques ? De quelle manière s’articulent-elles aux faits ? Comment se répondent-elles ? Ce travail associera étroitement économistes et épistémologues.

    Enfin, les représentations de l’économie à l’œuvre dans les arts peuvent elles aussi questionner les représentations issues de la science économique. Il s’agira notamment de comprendre comment l'économie est entrée au musée, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui, suscitant la production de formes visuelles, didactiques et spatiales originales et amenant des collaborations entre économistes et artistes, designers, graphistes, photographes. Il s'agirait d’explorer l’histoire de la mise en exposition de l’économie, à travers des études de cas et des perspectives transversales, pour comprendre ses enjeux scientifiques, idéologiques mais aussi artistiques et muséographiques.

    Modalités de mise en œuvre

    En ce qui concerne les fictions narratives de l’économie, il s’agira :

    - de poursuivre le Séminaire économie et fictions au XVIIIe siècle ;

    - de monter un projet franco-allemand ANR-DFG dans le prolongement du colloque sur la valeur qui a eu lieu à Mannheim, en juin 2017 ;

    - d’organiser un colloque sur le thème de l’envie (Cyril Selzner et Claire Pignol).

    En ce qui concerne, cette fois, les fictions épistémologiques, il s’agira :

    - de mettre en place des collaborations avec des historiens de la philosophie sur l’épistémologie de l’économie, notamment ceux qui participent à l’organisation de l’Atelier sur les faits au XVIIIe siècle (ISJPS, en particulier sa composante PhiCo, Université Paris 1)

    - de proposer des sessions dans les colloques nationaux et internationaux, en y associant des économistes et des philosophes hors de PHARE.

    - de faire aboutir le projet de numéro spécial de revue à partir des Journées d’étude Charles Gide 2015, sur les fictions en économie (numéro coordonné par Laurie Bréban).

    Enfin, pour ce qui concerne les représentations de l’économie dans d’autres domaines que la littérature, il s’agira notamment de participer au programme de recherche initié par une historienne de l’art de l’université Paris 1 et consacré à "l’économie au musée". Le rôle de PHARE consistera, entre autres, à comprendre la représentation de l’économie qui est en jeu en resituant chaque création de musée ou d’exposition d’économie dans son contexte précis (l’actualité économique de l’époque, mais aussi et surtout, un certain état de la pensée et des débats économiques).

  • Histoire des théories de la justice

    L’organisation du colloque de l’ESHET autour de la question des inégalités a représenté un moment essentiel pour le projet sur l’histoire des théories de la justice : d’une part, elle a ouvert la voie à une piste de recherche nouvelle (la question du genre du point de vue de la justice) et, d’autre part, elle a renforcé la volonté de collaborations internes, entre membres de l’unité (comme l’illustre l’un des articles présenté lors du colloque et coécrit par L. Jaffro et C. Selzner).

    Présentation du projet de recherche 2012-2017

    Le projet de recherche « Histoire des théories de la justice » demeure dans la continuité du programme quinquennal précédent, tout en s’enrichissant d’une thématique nouvelle – celle du genre.

    Il est apparu en effet que cette thématique présentait, du point de vue de l’unité, un double intérêt : d’un côté, la représentation du genre mobilise fortement l’histoire, la manière dont la répartition des rôles entre hommes et femmes est pensée étant le résultat d’une longue construction sociale, historique et politique ; d’un autre côté, cette thématique favorise des regards croisés entre économie, philosophie et littérature (notamment), car il apparaît impossible d’en comprendre les enjeux sans adopter une perspective globale. Ainsi, lorsque les économistes français du 19e siècle, se revendiquant pourtant du libéralisme économique, s’efforcent de convaincre leur lectorat que les femmes doivent quitter les manufactures pour réintégrer la sphère privée, ils s’appuient sur des arguments moraux, économiques et politiques. Mais ils sont également fortement influencés (sans en être totalement conscients sans doute) par les préjugés qui dominent leur époque, n’hésitant pas par exemple à affirmer qu’aucune femme n’a eu suffisamment de talent littéraire pour devenir un écrivain reconnu. Pourtant, au XVIIIe  siècle, un certain nombre de femmes commencent à vivre de leur plume : c’est le cas par exemple – cette fois en Grande-Bretagne – des deux auteures qu’étudie centralement Hélène Pignot, Sarah Fielding et Sarah Scott. Connues et estimées en leur temps, tant dans leur pays que, plus largement, en Europe, ces romancières ont ensuite disparu du paysage littéraire du 19e  siècle. Comment l’expliquer ? Mais cette thématique invite également à une approche comparative : le cas des économistes libéraux français doit ainsi être mis en regard avec la situation britannique. Si les premiers s’accordent sur le partage entre sphère publique et sphère privée, au même moment, J.S. Mill développe une analyse féministe qui constitue aujourd’hui encore une référence incontournable. Comment expliquer ces différences ? L’une des hypothèses à creuser, présente par exemple chez C. Paterman dans Le contrat sexuel (1988), est qu’elles tiennent à des philosophies différentes, les français se réclamant de la théorie du droit naturel, tandis que l’utilitarisme a imprégné l’ensemble du monde anglo-saxon. 

    Modalités de mise en œuvre

    - Il s’agira de prolonger les travaux antérieurs en poursuivant le séminaire des après-midi de philosophie et d’économie.
    - Afin d’encourager les recherches sur la thématique nouvelle du genre du point de vue de la justice, un premier séminaire a été au sein de la spécialité recherche (histoire de la pensée économique) du master SES (sous la responsabilité de L. Bréban). Un groupe de travail est également en cours de constitution avec le même objectif.

  • Marché monétaire : histoire et théorie

    Présentation du projet

    Dans le cadre du projet « Marché monétaire, histoire et théorie », PHARE prolonge les travaux antérieurs en mettant en place un réseau de recherche international. Un groupe de travail, auquel ont participé Daniel Diatkine, Sylvie Diatkine, Joël Félix (Université de Reading), Anders Ogren (Université de Lund), Pilar Nogues (Université de Genève), Laure Quennouëlle-Corre, Annalisa Rosselli (Université Tor Vergata), André Straus, Hans Trautwein (Université d’Oldenbourg), a travaillé sur dans cette perspective.

    Cinq thèmes feront l'objet d'un approfondissement : l’or et l’argent ; monnaie internationale et monnaie nationale ; la constitution des marchés monétaires ; espace monétaire et espace national et enfin les sujets de la politique monétaire. C’est autour de ces cinq thèmes que s’articulent les nouvelles perspectives de ce projet thématique.

    [A] L’or et l’argent : une idée intuitive et qui fut largement partagée est que les formes non métalliques  de la monnaie (papier, monnaie bancaire,  monnaie électronique) étaient de bons substituts aux métaux précieux, lorsqu’ils étaient convertibles, de préférence librement. Cette idée, relevant partiellement de la réalité et partiellement du mythe, conduit à revenir sur le rôle respectif des autorités monétaires et du marché monétaire (le système bancaire) dans la régulation du taux de change : nous souhaitons étudier la compétition entre les deux et voir comment les acteurs et les spectateurs de cette compétition l’ont pensée. Ensuite, dans une seconde étape, il sera intéressant d’étudier les transitions vers les marchés monétaires transnationaux et internationaux, qui entrèrent (qui entrent toujours) souvent en conflits avec les Etats.

    [B] Monnaie nationale et monnaie internationale : pour les historiens, les règlements internationaux étaient effectués par un marché monétaire centralisé (Amsterdam puis Londres), avec une monnaie nationale (florin, livre) servant de moyen de règlement international. A l’inverse, les économistes affirment que c’est l’étalon métallique qui était le moyen de paiement international, et considèrent la circulation internationale des métaux précieux comme assimilable à des opérations d’import-export ordinaires. Il s’agira alors de confronter ces deux conceptions, en analysant notamment les positions des ricardiens et antiricardiens, celle des traditions allemande et suédoise au XIXe siècle, les débats au début de Bretton Woods puis lors de sa crise, les positions de Keynes ainsi que celles de Friedman versus Kindleberger.

    [C] Le rôle des banques dans la constitution des marchés monétaires : la constitution des marchés monétaires implique qu’ils aient une profondeur suffisante. Celle-ci est permise par le refinancement via l’escompte et le réescompte assurant la liquidité du crédit privé. On recherchera si ces pratiques de refinancement entre banques permettent effectivement d’assurer la liquidité du marché interbancaire et leurs effets en termes de centralisation ; on étudiera également l’impact que peut avoir le taux du marché monétaire – coût du refinancement – sur les autres taux d’intérêt. Enfin, parce que la liquidité du marché monétaire est dépendante de celles des marchés des changes et de la dette publique, il conviendra d’apprécier la diversité des articulations entre ces trois types de marché : la démarche sera historique, articulant étroitement histoire de la pensée économique et histoire des faits, mais également comparative.

    [D] Espace monétaire et espace national : les exemples du mark allemand, de l’Union Scandinave ou du dollar américain au XIXe siècle invitent à s’interroger sur la constitution progressive des espaces monétaires nationaux, qui dépend aussi bien des rapports internationaux que de la création d’un marché économique national dont les marchés de l’escompte sont à la fois signes, facteurs et conséquences. Or cette question s’avère très pertinent dès lors que sont envisagées les tentatives d’union ou d’unification monétaire internationale. Plus largement, l’étude de la « bancarisation » des différents espaces nationaux et des activités opérées sur les marchés internationaux et des devises, tout comme celle du rôle des banques dans la constitution de marchés de l’escompte suffisamment larges, paraissent indispensables à la compréhension de l’histoire des marchés et des politiques monétaires. Enfin, nous proposons d’interroger la coïncidence, souvent supposée par les économistes, entre espaces nationaux, financiers et monétaires.

    [E] Les sujets de la politique monétaire : les termes « politiques monétaires » renvoient tantôt à la politique des banques centrales, tantôt à celle des gouvernements. Si les rapports entre les deux ont été ambivalents et changeants au cours du temps, il est cependant clair que l’aspect politique au sens strict du terme est important.
    En outre, cette notion génère nombre de contradictions : on admet ainsi qu’il ne peut exister de politique monétaire sans politique budgétaire tout en reconnaissant la nécessité de l’indépendance de la Banque centrale ; de même on admet que l’objet de la politique monétaire est de veiller à la stabilité de la valeur de la monnaie, mais sans parvenir à s’accorder sur la définition de la stabilité de la monnaie (est-ce, par exemple, l’inverse du prix de l’or ? du taux de change relativement à la monnaie internationale ?). Ce sont ces contradictions qu’il s’agira d’étudier selon une démarche historique.

    Modalités de mise en œuvre

    - Il s’agit de prolonger les travaux antérieurs réalisés dans le cadre du projet « Marché monétaire, histoire et théorie », en mettant en place un réseau de recherche international associant notamment : Joël Félix (Université de Reading), Anders Ogren (Université de Lund), Pilar Nogues (Université de Genève), Laure Quennouëlle-Corre, Annalisa Rosselli (Université Tor Vergata), André Straus, Hans Trautwein (Université d’Oldenbourg). Pour ce faire, une demande de renouvellement du contrat ESHET BCE sera déposée.

    - Parallèlement, l’atelier « marché monétaire et politique monétaire » poursuit ses activités.

  • Projet REACT ANR

    Présentation du projet

    Entre 2021 et 2023, PHARE est chef de file d'un projet, financé par l'Agence nationale de la recherche, intitulé "Les pratiques réactives" (ANR- CE28-0012).
    REACT est est un projet de recherche sur les pratiques réactives - nos pratiques en rapport avec l'expérience d'une injustice ou d'un tort, telles que la punition, le blâme, la honte et le pardon. Le projet aborde les questions théoriques, normatives et empiriques relatives à ces pratiques, en se concentrant plus particulièrement sur les distorsions normatives associées à la discrimination.  Son objectif est de préciser comment les pratiques réactives  façonnent notre pouvoir d'agir individuel et collectif.

    La coordination scientifique du projet REACT dans son ensemble est placée sous la responsabilité de Laurent Jaffro (PHARE, Université Paris 1).
    Laurie Bréban (PHARE, Paris 1) et Jacopo Domenicucci (PHARE, Paris 1) participent au projet scientifique au titre de PHARE.

    Les autres partenaires de ce projet sont :

    - l'Institut des sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne (ISJPS). Magalie Bessone est la coordinatrice scientifique de l'ISJPS pour le projet REACT. Nicolas Nayfeld (ISJPS, Paris 1), Fanny Rollet (ISJPS, Paris 1), Pierre Fasula (ISJPS, Paris 1) participent au projet scientifique au titre de l'ISJPS.

    - le Centre atlantique de philosophie (CAPHI). Stéphane Lemaire (CAPHI, Rennes) est le coordinateur scientifique du CAPHI pour le projet REACT. François Calori (CAPHI, Rennes), Bruno Gnassounou (CAPHI, Rennes) participent au projet scientifique au titre du CAPHI.

    - le laboratoire interdisciplinaire pour les sciences naturelles et humaines de Trieste (SISSA, Trieste). Stefano Canali (SISSA, Trieste) est le coordinateur scientifique du SISSA pour le projet REACT. Vanessa de Luca (SISSA, Trieste) participe au projet scientifique au titre du SISSA.

    Site internet du projet : react.sciencesconf.org